En 2026 se déroulera la première édition des Résidences Arts & Sciences portées par la chaire GeEAUde et la Villa Créative à Avignon, avec pour thème : «Eaux souterraines : l’invisible en partage».


L’objectif de ces résidences est de favoriser une rencontre entre artistes et scientifiques afin d’explorer ensemble de nouvelles manières de raconter, de représenter et de partager les connaissances sur les eaux souterraines.


Invisible, lente, plus ou moins profonde, souvent méconnue, l’eau souterraine constitue pourtant l’essentiel de l’eau douce disponible sur Terre. Vitale pour la vie, elle traverse les territoires, les époques et les usages sans toujours se laisser percevoir. Les résidences artistiques soutenues par la chaire GeEAUde et la Villa Créative invitent les artistes à explorer cette dimension cachée de l’eau souterraine, à en révéler les récits, les dynamiques et les enjeux, par des démarches de recherche-création sensibles et critiques.


Quatre résidences mêlant arts et sciences vont co-exister dans un lieu patrimonial unique au cœur d’Avignon. Les artistes exploreront les différents aspects des eaux souterraines et mèneront leurs recherches en étroite collaboration avec les hydrogéologues d’Avignon Université. La cohabitation, au sein de la Villa Créative, de ces artistes aux multiples sensibilités et moyens d’expression favorisera également la création d’un écosystème cohérent, renforçant ainsi la portée du message final.


Différentes valorisations sont prévues en sortie de résidences à l’occasion de la Fête de la Science 2026. Des précisions seront apportées sur ces évènements prochainement.

Présentation des différents projets

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L'âge de l'eau

Clémence VAZARD

L’âge de l’eau a-t-il une couleur ?

Clémence Vazard a observé que les colorants extraits d’une même espèce de plante produisent des couleurs de teinture différentes selon les territoires. Son intuition : l’eau utilisée pour teindre influence les couleurs produites. Pour mettre cette hypothèse à l’épreuve, l’artiste textile a mené une série d’expérimentations rigoureuses avec seize eaux de l’hydrosystème camarguais, ainsi qu’avec des eaux provenant de quatre continents. 

Les résultats confirment que la composition chimique de l’eau, son pH, sa salinité, ses minéraux, produit des variations chromatiques significatives sur les fibres. Elle nomme ce phénomène «l’empreinte hydrochromatique d’un territoire». De premiers tests réalisés avec l’eau souterraine montrent des résultats radicalement différentes des eaux de surface. Mais qu’est-ce qui, dans la composition de l’eau, produit ces variations ?  

Une nouvelle question émerge : est-ce que la teinture naturelle peut rendre l’âge de l’eau visible, à travers les marqueurs géochimiques qu’il détermine ? L’âge de l’eau désigne le temps qu’une eau passe sous terre à se charger en minéraux au contact des roches, de quelques jours à plusieurs siècles. C’est cet âge de l’eau que Clémence Vazard souhaite révéler par la couleur.

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[S]eaunologie

Elven SICARD

À quand remonte la dernière fois où vous avez véritablement goûté l’eau qui coule de votre robinet ?

Le projet [S]eaunologie part d’un constat simple : nous consommons cette ressource vitale quotidiennement, tout en ignorant totalement son histoire géologique, son parcours et les strates rocheuses qui ont façonné sa signature minérale unique, et donc sa saveur. Alors que nous buvons à l’aveugle, l’eau potable – majoritairement d’origine souterraine, porte en elle la trace physique de son parcours géologique.

La pratique artistique d’Elven Sicard, située à la frontière du documentaire sonore et de la composition électroacoustique, propose de combler cet écart de perception par une expérience de « dégustation sonore ».

En associant la dégustation d’une eau à une création immersive retraçant le parcours souterrain de celle-ci — mêlant captations in situ (field recording) et sonification de données hydrologiques — l’artiste cherche à traduire les propriétés chimiques en textures auditives. Une triangulation s’opère entre la saveur et le son et participe alors d’une perception sensible des propriétés géochimiques de l’eau.

En transformant ces processus scientifiques souvent opaques en une expérience sensorielle accessible, [S]eaunologie propose une compréhension sensible du cycle de l’eau que l’on boit.

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La dissolution des ciels

Fanny PAPOT

Sous nos pieds, l’eau façonne un paysage invisible.

Le fontis est un phénomène géologique qui révèle soudainement ce qui demeure habituellement caché. Né de l’effondrement d’une cavité souterraine creusée par l’eau ou par les activités humaines, il met au jour les interactions entre l’eau, la roche et le temps. Dans les paysages karstiques, les circulations souterraines dissolvent progressivement les roches calcaires et creusent des cavités dont la voûte, appelée « ciel », peut finir par céder. Une cloche d’effondrement se propage alors vers la surface jusqu’à l’apparition soudaine d’un cratère, révélant un sous-sol vivant, en perpétuelle transformation.

Ce projet propose d’explorer la dimension souterraine de l’eau à travers la présence d’avens, ces fontis naturels caractéristiques des milieux karstiques. À la croisée de l’exploration scientifique et de la pratique artistique, le fontis est envisagé comme un seuil entre surface et profondeur, un point de bascule où l’invisible devient perceptible. En révélant des processus géologiques habituellement cachés, il invite à renouveler notre regard sur notre environnement et sur les dynamiques qui le façonnent silencieusement.

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NAPESS ~ Narrations Partagées sur les Eaux Souterraines et les Sécheresses

Maëlle BANTON & Joan CELLIER

Face à une ressource en eau souterraine fragile, les usages s’entrechoquent : comment raconter cette crise invisible ?

L’eau souterraine est devenue l’une des ressources les plus convoitées et les plus fragiles face aux effets du changement climatique. À mesure que les nappes phréatiques s’épuisent, les tensions entre les différents usages de l’eau se multiplient, révélant des enjeux environnementaux et sociaux majeurs.

Maëlle Banton, réalisatrice et chercheuse en géographie, et Joan Cellier, danseur et chorégraphe, du collectif Baladinerie, proposent de mettre en dialogue sciences, cinéma documentaire et danse pour créer un film poétique de médiation. Le médium audiovisuel est choisi pour sa capacité à partager des connaissances complexes en donnant place aux récits de vie et aux émotions. Il mêlera écritures documentaire et chorégraphique.

Ce projet questionne notre manière de percevoir, de partager et de gouverner les eaux souterraines. Il explore comment la création artistique peut contribuer à renouveler les formes de médiation scientifique, faire émerger de nouveaux récits autour des conflits d’usages et ouvrir un dialogue entre chercheurs, acteurs du territoire et citoyens. En donnant une dimension sensible à des phénomènes souvent invisibles, le projet invite chacun à repenser sa relation à une ressource commune dont l’avenir dépend de choix collectifs.